"On dit que le chant des sirènes rendait fou. Ton chant à toi, Pépin, est une longue suite de bourdonnements, feulements, vagissements, grommèlements, mugissements, râles et glapissements. Comment a fait Noé pour supporter tout ce tintamarre pendant quarante jours et quarante nuits ? A bout de forces, je me mets moi aussi à pleurer comme un bébé. Moi aussi je voudrais bien prendre le large. Je regarde la pluie tomber sur mon arche, en pensant qu'elle va bien finir par s'arrêter un jour."

"Tu seras peut-être étonné, Pépin, mais c'est bien ta maladie dite de l'enfermement qui m'a appris à me libérer. A force de vivre à la lisière de nos deux mondes - ton ile vierge, et celui d'où je viens -, à force de me voir au reflet du miroir que tu me présentes, j'ai fini par y apercevoir mes pesantes chaînes : certitudes, vieilles peurs, accablant héritage de notre culture . Tout le malheur du monde ! L'homme de notre civilisation embrouillée aime amasser encore et encore. Pépin, je te rends grâce de m'enseigner chaque jour le dépouillement et de me reconduire vers la légèreté du temps de l'innocence. Tu m'as permis de redevenir une tendre enfant et de franchir la porte étroite pour aller à la rencontre de ce quelque chose en moi de plus grand, de plus noble, qui s'étonne de tout et s'émerveille d'un rien."

 

 

Le témoignage bref et vif d'une maman d'enfant autiste. Des photographies de son quotidien qui révèlent la pointe de beau et de bon dans l'aridité la vie d'un Pépin extra-ordinaire.