Pour ce livre, je ne résiste pas à mettre plusieurs extraits. (J'aurais pu en mettre plus... Ce livre regorge de pépites...)

 

"Une main malhabile avait inscrit sur la porte : "Club des Incorrigibles Optimistes". Le coeur battant, j'ai avancé avec précaution. J'ai eu la plus grande surprise de ma vie. J'ai pénétré dans un club d'échecs. Une dizaine d'hommes jouaient, absorbés. Une demi-douzaine suivaient les parties, assis ou debout. D'autres bavardaient à voix basse. Des néons éclairaient la pièce ouvrant par deux fenêtres sur le boulevard Raspail. Elle servait aussi de débarras au père Marcusot qui y rangeait des guéridons, des chaises pliantes, des parasols, des banquettes trouées et des caisses de verres. Deux hommes profitaient des fauteuils pour lire des journaux étrangers. Personne n'a remarqué mon entrée."

 

"Malgré leur quotidien, ils n'étaient ni tristes, ni mélancoliques. Au contraire, ils affichaient un humour permanent et semblaient insouciants, comme si aucun souvenir ne les encombrait. Gare à celui qui déprimait et manifestait son angoisse, il se voyait rappeler à l'ordre d'un : "Tu nous emmerdes avec tes problèmes. Tu es vivant, profites-en pour vivre."

 

"Mais ce qui faisait l'admiration ou l'unanimité ailleurs produisit au Club des cris et des grincements de dents entre les coupés et les découpés, comme disait Igor. C'est à dire entre ceux qui haïssaient l'idéologie socialisante et qui lorgnaient vers l'Amérique et ceux qui avaient fui les pays de l'Est mais étaient restés socialistes. Pour ces derniers, seul le système avait dérapé. Le principe demeurait exaltant. Ils étaient pris dans l'étau de leurs contradictions, à s'extasier des progrès et des victoires d'un pays où ils étaient des parias et qui les aurait zigouillés s'ils n'étaient pas passés à l'Ouest. Le combat planétaire USA vs URSS interrompait les parties d'échecs ou les lectures et les meilleurs amis s'invectivaient et s'insultaient."

 

"Je suis allé dans ma chambre. J'ai claqué la porte. Je voulais qu'on me foute la paix. Personne n'est venu me chercher. Je me suis couché. J'ai éteint la lumière. Je n'arrivais pas à dormir. J'entendais rire Pierre dans le bistro Maubert. Il m'avait tant apporté et, de mon côté, je ne lui avais rien donné. Je me sentais frustré par cette dette. Et puis, je l'ai vu, dans un halo de soleil sur le rempart de sa forteresse, au bord du désert, le col relevé, les pans de sa tunique ouverte soulevés par le vent. Il avait des cheveux blances et le visage ridé. Il souriait."

 

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"Le Club des Incorrigibles Optimistes" nous embarque dans les années 60 : le communisme, la guerre froide, la guerre d'Algérie, le rock and roll...

Au départ, j'ai eu un peu de mal à entrer dans cette histoire, puis j'ai apprécié de plus en plus, et enfin j'ai vraiment adoré !

Un livre que je conseille vivement !!!